© Marc Kevorkian
Hommage au
Prof. Li Jianzhong
Chères étudiantes, chers étudiants,
C’est avec une profonde tristesse et une grande émotion que nous venons d’apprendre le décès du Professeur Li Jianzhong.
La nouvelle de la disparition de notre bien-aimé professeur Li est tombée comme un coup de tonnerre et nous laisse devant une longue absence que nous ne faisons qu’entrapercevoir…
Le Professeur Li Jianzhong faisait partie de l’aventure de Chuzhen depuis plus de 25 ans.
Répondant présent chaque année, il n’a cessé de nous rejoindre pour venir – traversant pour cela près de la moitié du globe – auprès de chacune des promotions de l’Institut. Ainsi, année après année, il n’a cessé d’enseigner avec cette gentillesse, cet humour et cette générosité que tous ceux qui l’ont rencontré lui connaissent.
Pour les générations d’étudiants qui ont eu la chance de suivre son enseignement, il a constitué une rencontre décisive dans leur parcours de praticien, à tel point que ses techniques de main en acupuncture sont devenues quasi légendaires.
Véritable pilier de notre institut, si son départ nous laisse orphelins d’une transmission authentique, il nous arrache avant tout un ami. Un complice qu’un quart de siècle de présence fidèle, discrète et attentive ont forgé en compagnon de route irremplaçable.
Il a été présent pour chacun d’entre nous, à chacune des étapes de nos parcours.
Pascal et Gaëlle ont fait leurs premières armes avec lui pendant plusieurs mois à Pékin. Sous sa houlette généreuse et attentionnée, ils ont passé des heures inoubliables, se demandant souvent s’ils étaient dans un hôpital ou dans un salon de thé « ambiancé » où se retrouvent les habitués, les patients se hélant en rigolant d’un lit à l’autre en attendant le passage de Li laoshi qui, d’un mot, d’un geste, d’un sourire, rassurait les uns, encourageait les autres, et leur enseignait à eux, les petits, avec une infinie patience et sa légendaire bonhommie.
Marcheur infatigable tant que ses jambes étaient d’accord, c’est avec Marie et Matthias le plus souvent qu’il adorait arpenter pendant de longues heures rues, musées, parcs et autres divers lieux parisiens. Parisien, il était fier de l’être devenu au fil des séjours, débarquant désormais chaque fois à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle la casquette de tweed vissée sur la tête, et devenu incollable sur le plan de métro !
Musée des Invalides, Maison d’Alexandre Dumas, Atelier Gustave Moreau, visite des égouts de Paris… Ce petit bonhomme curieux de tout, toujours enthousiaste pour de nouvelles découvertes acceptait cependant volontiers de bonne grâce et avec une infinie patience une 15e – voire une 25e – visite de la Tour Eiffel ou du Château de Versailles pour agréer au souhait d’un professeur « nouveau venu » en France. D’un curiosité insatiable, il nous étonnait de ses questions pointues et qui dénotaient une observation fine lors de nos déambulations. De même l’étendue de ses connaissances dans de multiples domaines (arts, culture, architecture, politique – particulièrement l’histoire de l’Asie du Sud-Est qui le passionnait) nous étonnaient continuellement.
Pour Damien, Maxime et Sylvain, cette tristesse résonne également fort. Ils ont été ses élèves et en ont tiré une fierté immense, qu’ils revendiquent haut et fort, tant la qualité de son enseignement fut inestimable. Le Professeur Li avait ce don rare de transformer un étudiant hésitant, la main encore incertaine devant l’aiguille, en un jeune praticien à la main presque sûre et stable : des générations entières d’acupuncteurs lui doivent cette transformation, ce petit élan qui fait les grands professeurs. Sa transmission, tant théorique que clinique, fut toujours limpide et directe — pas de grands secrets, pas de détours, uniquement un homme généreux, à la main en or, qui donnait tout à qui voulait bien accueillir. Aujourd’hui, alors que tous trois se retrouvent de l’autre côté du bureau, devenus à leur tour professeurs, c’est cette générosité sans faille et cette ouverture qui les inspirent chaque jour. Ils forment le vœu que toutes les générations d’acupuncteurs formées par le Professeur Li gardent en elles la main qu’il leur a transmise, le De Qi explosif, mais aussi et surtout cet humour qui fût la marque de son enseignement.
Petit bonhomme par la taille, mais grand monsieur par sa vie et ses qualités. Généreux, patient, malicieux, farceur, attentionné, endurant, courageux, volontaire, curieux, ouvert : le Professeur Li Jianzhong, c’était l’élégance du cœur.
S’il n’y a pas d’amour sans preuves d’amour, on peut dire aussi qu’il n’y a pas de générosité sans preuves de la générosité… et que le Professeur Li Jianzhong a été une fontaine de générosité. Que ce soit par la générosité de son enseignement lui-même ou par les montagnes de cadeaux qu’il transportait à chaque voyage et dans les deux sens : une toute petite valise pour lui-même, et une très grosse valise pour les cadeaux…!
Pour inspirer ses étudiants et leur donner envie de s’investir corps et âme dans l’étude, l’entraînement et la persévérance pour devenir de bons acupuncteurs, il n’hésitait pas à leur prouver son investissement personnel par ses fameuses démonstrations de pompes sur le bout des doigts – d’abords les 5 doigts, pour finir sur un seul doigt !
Nous n’avons jamais pensé à le lui dire, mais la perte nous fait réaliser qu’il aurait bien mérité un titre ou une décoration spéciale pour ses mains en or… il n’est pas trop tard et à défaut de cette distinction terrestre il nous plaît d’imaginer que Dolly Parton, qui ne le précède que de quelques marches sur l’escalier qui monte au ciel, lui aura déjà dédié une sublime ballade sur le thème de ses « goldfingers » !
Nous sommes heureux de nous souvenir aussi que ses qualités d’enseignant ont également rayonné pendant des années plus loin encore qu’à l’Institut Chuzhen, quand il se rendait – infatigable – à Moscou ou à Prague…
Tout ceci est sans doute un peu désordonné et décousu, comme à présent l’état de nos cœurs
On y mettra de l’ordre plus tard… Est-il bien nécessaire d’y mettre de l’ordre ?
Tout ceci pour dire que, pour nous qui le côtoyions depuis tant d’années, son départ constitue non seulement la perte d’un ami cher à nos cœurs, mais encore au delà, la perte d’un véritable membre de notre famille.
Son infinie gentillesse n’était pas dénuée de malice, et le souvenir de son rire retenu et de ses yeux plissés n’ont pas fini de nous accompagner.
Si nos morts ne nous quittent jamais, le souvenir de tous ces moments passés avec lui, qui ont forgé peu à peu cette amitié profonde qui nous liait, ne s’éteindra pas.
Toutes nos pensées accompagnent sa femme et sa fille dans l’épreuve de cette séparation et la tristesse de son départ.
L’équipe de l’Institut Chuzhen
© Marc Kevorkian
© Marc Kevorkian
© Marc Kevorkian
